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Bernard Léchot : le peintre de la chanson
J'ai découvert Bernard par hasard sur DBC. Je l'ai remarqué immédiatement et j'ai voulu en savoir plus sur lui. La meilleure façon était de faire un article. Je pensais alors avoir a faire a un chanteur a textes, très bon, mais comme il y en a beaucoup. Je faisais erreur et l'écoute de son dernier album a été simplement un choc ! Pour mon plus grand plaisir...
La première chose que j'ai remarquée chez Bernard est sa voix. C'est heureux pour un chanteur, me direz-vous. En effet, sauf que... Bernard n'est pas un chanteur. Auteur, compositeur, interprète, il est plus que ça : c'est un artiste complet, d'une richesse dont on pressent qu'elle n'est pas encore pleinement exploitée.
Bernard Léchot est donc un chanteur a textes. Mais ses compositions sont riches et denses. Un son qui a quelque chose d'original : des trucs qui font penser a Pink Floyd parfois (pas mal pour un chanteur a textes !). Des notes, des sons, des bruits, des échos discrets qui sont autant de couleurs, d'arcs en ciel qui donnent un éclairage particulier a ses chansons. D'ailleurs, certaines de ses chansons sont comme des tableaux, des aquarelles... Léchot nous chante des couleurs et des images. "Est-ce que je saurais vous dire des choses?" se demande-t-il. Pas de problème, tu sais dire les choses et tu le fais merveilleusement bien. La meilleure façon de vous décrire cet artiste est de vous faire partager mes émotions a l'écoute de son dernier album dont le titre est "Passage". Mais attention ! Petites natures, souffreteux et esprits étroits, réfléchissez avant de continuer. On n'écoute pas Bernard Léchot : on le prend en pleines tripes ! On ne déguste pas Bernard Léchot: On le dévore goulûment et on en redemande après !! Bref, il faut avoir la santé !
Pour commencer, carte postale avec La grande Anse : Bernard nous y chante les mots pour mieux nous dire, que l'on peut préférer le silence...Voila, vous avez compris que Léchot, ce n'est pas banal ! Une de ces chansons tableaux qui donnent le ton. Déjà, dans ce 1er morceau on découvre toute la richesse de la musicouleur de Bernard. Pour nous achever, cette chanson voit s'imposer, une "seconde" voix, féminine (Eva Laurel, co-signatrice de cette chanson ?), merveilleuse et, trop tard, à la 3ème minute de l'album on est conquis, on en redemande !
1+1 : "Les blancs vont a la mer pour rentrer tous bruns mais chez eux, ils voudraient moins d'bronzés pur teint." Que dire après ça ? J'adoooore Bernard Léchot !! Une chanson a message donc mais sur un rythme plutôt rock arrosé de touches techno-psychédéliques sur le final qui font de ce titre une friandise croustillante. Si, après ce deuxième titre, vous pensez avoir découvert Bernard Léchot, détrompez-vous ! Si vous pensiez un truc du genre "Ah mais il est sympa et gentil ce mec ! C'est le gendre idéal, Madame!" Et bien je dis NON ! Cet homme est dangereux ! Vous ne me croyez pas ?
Alors attendez de croiser la... Diva doree : Premières mesures planantes, fluides et une série de notes servies par Coline Pellaton qui vocalise gentiment puis... Une guitare nous interpelle et la, merveilleuse surprise : la Diva nous annonce la couleur ! Cette voix cristalline et sublime vient ponctuer somptueusement cette chanson servie avec talent par Bernard. Mais la beauté et l'art pur n'empêchent pas les traits d'humour et, si vous tendez l'oreille vous sourirez comme moi en entendant la Diva ponctuer à sa façon : "Smoking croise en érection." Je préfère ne pas vous raconter la fin... Un orgasme mélodique!!
Bon, voilà, à ce stade, on peut dire que l'on a attaqué les choses sérieuses. Si vous arrivez à vous désenlacer de la Diva, Passez a section animalière de l'album avec... Le chat angora : une pause après l'orgasme divanesque ? Huuuum ! Une fois encore Bernard va surprendre... Un texte merveilleux et inventif !
Bon, moi je suis toujours empêtré dans les bras ensorcelants de la Diva, alors je l'emmène à l'Hôtel de passage : une chanson, en duo avec Florence Chitacumbi qui me fait penser à un film noir et blanc, Paris, Quai des brumes, ambiance... Maintenant, l'artiste nous embarque vers Les joncs : un tableau paisible, une aquarelle comme sait les peindre Bernard. Détente paisible qui sent bon la nature.
Bon... Vous êtes repose ? Détendu ? Suivez-moi alors jusqu'a Babel. Percus sympas d'entrée qui enflent progressivement jusqu'a un grand coup de guitare. Encore un merveilleux tableau et une foule de petites touches musicales, petites richesses adorables. Attention, l'air de rien, vers 2 minutes 30 secondes, un clavier intervient là, on ne sait pas pourquoi, si ce n'est que c'est bien foutu !
Vous êtes toujours là ? Bien sachez que vous allez découvrir un truc pas banal avec le 8ème titre : Terribilis est locus iste. Le texte est pour le moins recherche. Une espèce de choeur/gimmick vocal qui donne une atmosphère particulière a cette composition. Le tout est servi par des guitares et une batterie d'enfer : un pur bonheur !!
Kings of blues nous ramène sur terre. Bernard nous raconte peut-être ici quelques-unes de ses influences. Une composition qui commence presque banalement (ben oui, après les perles précédentes !) mais, Bernard n'aime pas la banalité et ça ne dure pas !!
Quand je serai père est LA chanson que j'aimerais chanter ! Je m'y retrouve. On s'y sent bien. Machos et blaireaux s'abstenir ! Ici, on se souvient que l'artiste est un homme... C'est décide, j'apprends a chanter ! Bernard est également un tourism office. Il nous fait visiter Paris comme personne avec Un tram a Notre Dame. "C'est juste un album de photos" nous chante Bernard. Ben voila, en plus il m'enlève les mots du clavier !
Voila la visite se termine mais non, Bernard Léchot ne va pas vous lâcher comme ça et vous offre la dernière séance d'une véritable film avec Rouler de Nuit. Une merveille ! Une composition subtilement progressive, une texte dit avec des mots qui tombent sur le tranchant et une section percus qui vaut le détour. Ce dernier titre est un chef d'œuvre !! Cette fois, c'est fini et je ressens presque les effets de petit vide post-orgasmique. Et oui, j'ose le dire : écouter cet album en intégral, c'est comme faire l'amour. Dis, Bernard... Tu nous laisses pas, dis ! Tu vas nous en faire d'autres belles choses comme ça.
Michel Tanner, musiciens.biz (27.02.2005) L'article online